Selon David le Breton, professeur à l’université de Strasbourg, auteur de plusieurs ouvrages, la marche rétablit l’homme dans le sentiment heureux de son existence. Elle le plonge dans une forme active de méditation sollicitant une pleine sensorialité. La marche est souvent un détour pour se rassembler. Il cite dans ses essais Rousseau « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans mes voyages à pied ».
Il définit la marche comme une activité corporelle, qui engage le souffle, la fatigue, la volonté et le courage. C’est une expérience sensorielle totale ne négligeant aucun sens. En citant Bachelard « Que pour bien entendre le silence notre âme ait besoin de quelque chose qui se taise » il évoque le silence comme un chemin menant à soi. Selon lui, son éthique de la flânerie et de sa curiosité en fait un outil idéal de formation personnelle, d’apprentissage par le corps et tous les sens de l’existence. L’expérience de la marche rappelle l’homme à sa fragilité et à sa force. La marche rend disponible à la métamorphose de son regard sur le monde et donc sur lui-même. La marche est une voie de déconditionnement du regard.

Nombre de philosophes et écrivains disent leur dette à des marches exceptionnelles où régulières où ils ont laissé le champ libre à leurs raisonnements. « La marche est quelque chose qui anime et avive mes idées » écrit Rousseau selon David Le Breton. La traversée d’une épreuve morale trouve dans l’épreuve physique qu’est la marche un antidote puissant qui modifie le centre de gravité de l’homme. En plongeant dans un autre rythme, une relation nouvelle au temps, à l’espace, aux autres, par ses retrouvailles avec le corps, le sujet restaure sa place dans le monde, il relativise ses valeurs et reprend confiance en ses ressources propres. Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Nietzsche, Kant, Rousseau, Thoreau, Walser, tous étaient de grands marcheurs, et leurs œuvres témoignent de l’importance de la marche comme support de la genèse de leur inspiration et de leur inventivité créative.

Tous ont découvert sans formation médicale, mais par l’expérience, le rôle de la marche et de la verticalité sur l’équilibre de la pensée.

Juliette